Brochets du monde

Une rencontre avec un brochet n'est jamais banale © Arnaud Filleul
Une rencontre avec un brochet n'est jamais banale © Arnaud Filleul
Le brochet est l'une des espèces les plus emblématiques de nos rivières et étangs. Cependant, le brochet de notre pays (Esox lucius) n'est pas le seul représentant de sa famille, les ésocidés. Il existe d'autres brochets de par le monde...  


5 espèces de brochet

Esox lucius ou brochet européen
Esox niger ou brochet maillé
Esox maskinongi ou maskinongé
Esox americanus ou brochet américain
Esox reichertii ou brochet de l'Amour.

Esocidé vient tout simplement du latin esox qui signifie brochet.

Arnaud Filleul avec un "honorable" brochet
Arnaud Filleul avec un "honorable" brochet

Il est presque inutile de décrire un brochet tant sa silhouette est connue.
Ce carnassier à l'allure si caractéristique est toujours le poisson fétiche d'une multitude de pêcheurs. Esox lucius n'est cependant qu'une espèce parmi les 5 espèces de brochet connues. Les brochets habitent tous l'hémisphère nord et présentent une morphologie extrêmement similaire, se distinguant essentiellement par leur taille et leur robe.
Les 5 espèces appartiennent au genre Esox et à la famille des Esocidés.

Les yeux plus gros que le ventre

Tête de brochet européen
Tête de brochet européen

La principale caractéristique du groupe est la transformation poussée de la tête, adaptée à la saisie des proies ainsi que la forme générale du corps et des nageoires, permettant de vives accélérations. Les nombreuses dents pointues du brochet sont idéales pour saisir la proie, mais pas pour la découper. De fait, la proie est avalée entièrement, en général tête première, sauf si le brochet n'arrive pas à la retourner par ses mouvements de mâchoires. La digestion s'occupera du reste. Notons que l'optimum digestif de cette espèce est de 19 degrés, ce qui correspond à la vie d'un poisson d'eau relativement froide.
C'est à cette température d'eau que le brochet digérera le plus vite, alors qu'en plein été ou en hiver, la digestion sera plus lente. Cela influe évidemment sur le rythme de la prise de nourriture. Lorsque le brochet est actif, 6 heures suffisent pour digérer les ¾ d'un estomac totalement rempli, alors qu'en hiver, il faudra une journée, voire plus si l'eau est franchement froide. Le brochet se nourrit donc avec irrégularité, et cette tendance s'affirme avec l'âge.

La carpe pesait plus de 2 kilos!
La carpe pesait plus de 2 kilos!

Chez les juvéniles, on observe un pic de prise alimentaire le matin et le soir, au crépuscule, où ils se gavent de petits organismes, notamment des copépodes. Mais au fur et à mesure que le brochet grandit et devient essentiellement piscivore, son rythme alimentaire devient beaucoup plus irrégulier, et dépend notamment des proies que ce prédateur à l'affut rencontre. De plus, lorsque l'eau est très froide ou très chaude, le brochet ne se nourrit guère. Autrement dit, on est très loin de la légende qui veut qu'un brochet consomme son propre poids de nourriture par jour. Il lui arrive effectivement de consommer de très grosses proies, parfois plus grosses que son estomac, au point que la queue du poisson avalé dépasse de la gueule du brochet, mais il arrive aussi que le brochet n'attrape aucune proie pendant plusieurs jours.
Donc pas de soucis, il ne fera pas de mal à la population de poissons blancs d'un étang, au contraire, il limitera la densité et permettra aux gardons et rotengles d'atteindre de belles tailles. La mauvaise réputation vient des observations, notamment par les pêcheurs, durant les périodes d'activité alimentaire, le brochet pouvant être extrêmement vorace lors d'un pic d'activité. J'ai moi-même pris un brochet au vif alors même qu'il avait une grosse brème dans l'estomac, avec la queue de cette dernière sortant de sa gueule. On se demande pourquoi le brochet a attaqué un vif alors qu'il lui était impossible de l'avaler ! Celui-ci avait vraiment les yeux plus gros que le ventre.
 

Surtout en Amérique du Nord

Le maskinongé, le représentant typique de la famille des brochets en Amérique du Nord
Le maskinongé, le représentant typique de la famille des brochets en Amérique du Nord

C'est en Amérique du Nord que l'on trouve la plus grande diversité avec 4 espèces de taille très variable.
On peut, en effet, y trouver le plus petit et le plus grand des brochets, respectivement le brochet vermiculé (25 centimètres) et le maskinongé (1,83 mètres).
L'une des espèces la plus courante est Esox lucius, le brochet que l'on rencontre également en Europe.
Esox lucius, à l'origine, était présent de façon continue dans l'ensemble de l'hémisphère nord, mais la séparation de l'Eurasie et l'Amérique du nord en a définitivement isolé deux populations. Comme la séparation est relativement récente, à l'échelle géologique, les deux populations sont toujours identiques morphologiquement et classées dans la même espèce.

Il faut d'ailleurs remarquer que les Esocidés semblent présenter une vitesse d'évolution assez lente. Le plus ancien fossile attribué au genre Esox est âgé de 62 millions d'années et il ressemble parfaitement à un brochet actuel.

Notre brochet, Esox lucius

La brème, une des proies principales du brochet
La brème, une des proies principales du brochet

Esox lucius, simplement dénommé brochet en France, est également appelé grand brochet au Québec, ce qui peut entraîner une confusion avec le maskinongé, le plus grand des Esocidés.
Esox c'est le brochet en latin, lucius en référence à la lumière qui semble émaner de sa robe.

Esox lucius a la morphologie typique des Esocidés : un corps élancé dont la section est pratiquement cylindrique, des nageoires dorsale et anale placées très postérieurement, des mâchoires transformées en un bec puissant et armées de centaines de dents, des pores sensitifs très visibles sur la mâchoire inférieure et des nageoires pelviennes en position abdominale.
La robe, montrant des marbrures ou des taches jaunâtres sur un fond verdâtre, permet un camouflage parfait au sein de la végétation, très utile pour ce chasseur à l'affût.
Les nageoires dorsale et anale sont positionnées très postérieurement, cet empennage permettant au brochet de produire une forte accélération. Il fréquente les zones de végétation des étangs et rivières où il sait se dissimuler pour attendre sa proie.
C'est un animal solitaire, très territorial, qui préfère les courants lents et les zones calmes. Il a été introduit dans de nombreux pays.

C'est un prédateur capable de consommer une très grande variété de proies, y compris des vertébrés d'assez grande taille comme un gros poisson ou un oiseau.
Les brochets adultes de nos eaux consomment principalement des Cyprinidés (gardon , rotengle, brème, etc.) mais la liste des autres espèces de poissons trouvées dans les contenus stomacaux est longue : chevaine, petit brochet, anguille, tanche, carpe, carassin, vimbe, goujon, corégone, vandoise, brème, perche, petit sandre, flet, vairon, perche-soleil, truite et ce ne sont que des exemples concernant les eaux françaises. Le brochet attaque également les grenouilles, les rongeurs, les écrevisses, les oiseaux fréquentant les eaux douces comme les canards et les poules d'eau.
Précisons cependant que ce prédateur tient un rôle fondamental dans l'écologie dulçaquicole, comme tous les carnassiers, et que sa présence est nécessaire pour obtenir un peuplement équilibré et en bonne santé.
Le brochet peut atteindre 1,50 mètre pour un poids de 35 kilogrammes.

Esox Lucius supposé peser 25 kilos
Esox Lucius supposé peser 25 kilos

Les brochets de rivière sont pratiquement en voie de disparition, victimes du recalibrage des rivières qui provoque des crues "chasse d'eau", Autrefois ils se reproduisaient en suivant la montée des eaux occasionnées par les crues lentes et progressives de mars. Les oeufs étaient pondus dans les hauts des prairies inondées. Après l'éclosion, une fois qu'il avait épuisé son sac vitellin, l'alevin se nourrissait du plancton se développant dans les eaux stagnant autour de lui. Ensuite il descendait jusqu'à la rivière en suivant la décrue.
De nos jours les crues à cause du bétonnage, des goudronnages et des drainages en tous genres sont si violentes que les eaux montent et descendent trop rapidement pour que les cycles de la nature pourtant réputés immuables puissent perdurer. Les oeufs sont pondus, certes, mais ils se dessèchent lamentablement sur les herbes où ils ont été déposés aux bons soins d'une nature qui ne sait plus comment faire.
Les brochets que nous trouvons dans nos rivières sont presque tous issus de lâchers de poissons venants de fermes spécialisées dans l'ésociculture.

Article réalisé par Arnaud Filleul et Jean-Pierre Fleury.

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