Travailler chez soi le soir : une bonne chose ?

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Souvent, travailler chez soi tard le soir voire même le week-end, et ce lorsqu'on a un bureau et un employeur, découle d'une surcharge de travail ou d'une organisation à revoir. C'est aussi évidemment se priver du minimum de bien être dont nous avons besoin. Mais comme le révèle un certain nombre d'études, les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) rendent la frontière entre notre vie personnelle et notre vie professionnelle de plus en plus indifférenciée. Est-ce une bonne chose ?

Smartphones, messages électroniques, réseaux sociaux… les salariés sont aujourd'hui sans cesse sollicités par les outils numériques. Une perturbation qui a un impact sur la qualité du travail mais aussi, selon les dire de nombreux employés, une "addiction". Conséquence de cette dernière  - considérée par certains psychologues comme physique – : la journée passe plus rapidement. Mais cette façon de gérer le temps laisse souvent l'impression aux salariés de ne pas avoir avancé.

Psychologue du travail et membre du laboratoire MICA à Bordeaux 3, Cindy Felio explique ce phénomène de la manière suivante : au cours de leur journée de travail, les salariés sont sans cesse sollicités par des messages, d'où une surcharge d'informations. Résultat : les employés préfèrent parfois s'occuper de documents importants et demandant une certaine attention le soir. C'est ainsi par exemple l'occasion de creuser certains sujets ou encore de passer quelques coups de fil.

Tant et si bien que pour mener à bien leur travail, ils sont amenés à étendre leur temps de travail et rogner un peu leur vie privée. Si ce phénomène n'est pas nouveau s'agissant des cadres, il ne concernait auparavant pas tous les étages de la hiérarchie. Car aujourd'hui, avec l'essor des nouvelles technologies, la plupart des employés travaillant en bureau a pris l'habitude d'emporter du travail à la maison.

Quand la vie professionnelle déborde sur la sphère privée et vice versa

D'après les chercheurs du Centre d'études de l'emploi, à l'origine d'une importante recherche sur les NTIC et les conditions de travail, le fait de travailler chez soi n'est pas toujours considéré par l'employé comme une perturbation. À l'exception, évidemment, de la situation où un manager appelle le salarié à tout moment, ce qui entraine alors dans la plupart des cas une gêne considérable.

Mais si l'employé réussit à se réapproprier ses différents temps – professionnel et privé –, il parvient alors à fluidifier sa vie sociale dans la journée. Il faudra toutefois pour cela que le temps personnel puisse à son tour déborder sur le temps professionnel. Une chose est sûre : les nouvelles technologies permettent plus facilement d'effectuer des allers-retours entre les deux sphères.

Condition sine qua non  pour parvenir à un tel équilibre : avoir l'autorisation d'utiliser les moyens de communication personnels. Il faut savoir que certaines entreprises imposent des règles très strictes et laissent peu d'autonomie aux travailleurs. Et dans ce cas, la négociation est exclue.

Pas évident de rester dans la mesure

Trouver un équilibre, certes, mais comment ? Et où se situent les limites ? Aujourd'hui, de plus en plus de salariés sont obligés d'être joignable partout, tout le temps. Les nouvelles technologies n'y sont évidemment pas étrangères et jouent un rôle crucial dans ce phénomène, que les chercheurs nomment l'"injonction de connexion". Il faudra encore patienter quelques années avant de pouvoir peser les conséquences des NTIC sur les conditions de travail.

Sources : MICA, Centre d'études de l'emploi, Rue89, Devotic