Aigles qui ne sont pas royaux mais impériaux...

Une aigle napoléonienne
Une aigle napoléonienne
Les aigles en France, à défaut d'être royaux, sont impériaux, ibériques, bottés, pomarins, des steppes, criards ou de Bonelli.


Parmi ces espèces d'aigles qui ne sont pas royaux, deux sont nicheuses et hivernantes : l'aigle de Bonelli et l'aigle botté. Deux sont présentes régulièrement en France mais uniquement en hiver : l'aigle pomarin et l'aigle criard. Trois ont fait l'objet de très rares observations : l'aigle des steppes, l'aigle impérial et l'aigle ibérique. (Voir l'aigle royal).

Les aigles sédentaires

Aigle de Bonelli ©Outback Images
Aigle de Bonelli ©Outback Images

L'aigle de Bonelli (hieraaetus fasciatus)
De hierax, faucon en grec, et de fasciatus qui signifie lié en latin en référence à la barre sombre qui borde la queue et qui ressemble à un lien. Le mot fascis désignait un faisceau de verges liées ensemble et d'où émergeait un fer de hache. Le symbole a été repris par Mussolini et le mot fascis a donné naissance au mot fascisme. (Voir Les aigles et l'histoire).
Bonelli était un naturaliste italien (1784-1830).
C'est un oiseau de taille moyenne.
Longueur : 70 cm.
Envergure : 160 cm.
Poids : pour le mâle : 1 600 gr, pour la femelle : 2 000 gr.
L'aigle de Bonelli a un aspect plutôt élancé, le ventre clair avec de courts traits noirs et verticaux. Les sourcils sont clairs, l'iris jaune vif, le bec est gris-bleu terminé par une pointe noire. Les doigts et la cire sont jaunes. La culotte et les pattes sont couvertes de plumes claires. Cette description est celle d'un oiseau adulte, la livrée des juvéniles évolue pendant cinq ans, en partant d'une dominante beaucoup plus foncée et en passant à l'occasion des mues successives par toutes sortes de phases intermédiaires.

D'ordinaire muet, il est capable d'émettre des aboiements.
Il hiberne et niche dans un triangle reliant Avignon au nord, Narbonne à l'ouest et Toulon à l'est. La population française est en régression, victime de sa mauvaise réputation et des lignes à haute tension.

C'est un voilier extraordinaire capable, comme le faucon crécerelle, de voler sur place (de faire le Saint-Esprit).
Paul Giroudet, dans le guide des rapaces diurnes et nocturnes d'Europe, Delachaux et Niestlé, montre combien il souligne la majesté d'un paysage : "Les rocs abrupts et les garrigues inondées de soleil, les solitudes âpres, presque tragiques du Languedoc ou des sierras andalouses, tels sont les paysages qu'évoque l'aigle de Bonelli. Puissance et dureté, élégance et férocité marient l'oiseau et la terre".
Il chasse en volant à la billebaude. Ses proies habituelles étaient les lapins et les perdrix rouges (deux espèces qui pour des raisons variées sont en voie de raréfaction). Il est aussi capable de s'attaquer à des jeunes hérons, des serpents et c'est plus grave pour son avenir aux volailles domestiques.

En plein hiver, la parade offre le spectacle de formidables acrobaties aériennes par un couple qui pourtant est uni toute l'année. Ils prennent ensemble la même ascendance, descendent à tour de rôle en piquet, se croisent et remontent avec l'élan de la descente vertigineuse.

L'aire est construite à l'aplomb d'une vire qui domine un maximum de paysage. Ce n'est que vers le mois de juin, soit plus de six mois après le déclenchement du processus de reproduction que les petits quittent le nid.

Aigle Botté ©Outback Images
Aigle Botté ©Outback Images

L'aigle botté (hieraaetus pennatus)
Pennatus qui a des plumes en latin, qui est botté en Français puisqu'il a pour principale caractéristique d'avoir les tarses emplumés.
C'est le plus petits de nos aigles c'est pour cela qu'il est aquila minore en italien et aigle-nain (Zwergalder) en allemand.
Les aigles bottés ont la face jaune fauve avec un front tirant sur le blanc. Le bec est noir avec la base bleuâtre. La culotte et les tarses sont blancs. Les juvéniles sont presque identiques aux parents. La queue est longue, elle ressemble par sa forme à celle d'un milan noir ce qui est un risque de confusions.
Ils sont petits mais costauds.
Longueur : 50 cm.
Envergure : 130 cm.
Poids : pour le mâle 700 gr ; pour la femelle 900 gr.

Très peu hibernent en France (Camargue et Bouches du Rhône). Ils reviennent à la fin mars de migration (sud de l'Espagne et Afrique) pour nicher dans le sud du Sud-ouest et dans une zone centrale allant de la Champagne au Loiret et à la Bourgogne, de la Vienne à l'Ardèche en passant par tout le Massif-central.
Il possède une gamme vocale importante : sifflements de limicoles, caquètements, et un "chant" modulé sur deux notes.
Il est opportuniste. Il prend des lapins, des levrauts, des alouettes, des geais (ça s'entend !), des lézards et il fréquente aussi volontiers les poulaillers (ce qui n'est pas bon pour la santé de ses populations). Parfois même il chasse à pied en arpentant son territoire perché, droit dans ses grandes bottes. Il aime les zones boisées dans les plaines ou la moyenne montagne.

Il niche dans un arbre. La femelle couve seule deux oeufs pendant un mois, période durant laquelle, le mâle surveille en alarmant à l'intrusion d'un autre rapace sur le territoire. Les petits quittent un nid affaissé et sali après huit semaines.

Les aigles migrateurs venant occasionnellement passer l’hiver en France

Aigle Pomarin © Outback Images
Aigle Pomarin © Outback Images

L'aigle pomarin (aquila pomarina)
Pomarina signifie qu'il vient de la région de Pologne, la Poméranie, où il niche. En Europe, il porte également le nom de petit aigle criard en référence à ses habitudes vocales.
Il est presque entièrement brun-terreux avec quelques touches claires sur la tête et sur les ailes. La cire, les doigts et l'iris sont jaunes. Le bec est noir avec des nuances bleues.
Longueur : 50 cm.
Envergure : 155 cm.
Poids : entre 1 500 et 1 800 gr.
C'est un grand migrateur dont le voyage passe par l'Afrique du Sud en passant par l'Egypte.
Contrairement à une croyance répandue, l'aigle pomarin n'est pas un oiseau aquatique.
Il fréquente même volontiers les pierriers des montagnes.
Il a été vu en France en Camargue, dans l'île de Ré, les bouches du Rhône, dans la Meuse, le Doubs etc. Ces observations sont toujours ponctuelles.
C'est un excellent voilier qui surveille son territoire en prenant de l'altitude et en faisant le cerf-volant, immobile contre le vent. Il chasse souvent à pied à la manière d'une corneille. Les proies sont tous les animaux entre l'insecte et les petits oiseaux, le lièvre et les serpents.

Sans être criard, l'aigle est un bavard qui s'exprime par des jappements et des sifflements.

L'aire est construite au sommet d'un grand arbre à proximité du territoire de chasse. Deux oeufs y sont pondus. Le poussin le plus jeune est systématiquement et volontairement étouffé par le plus vieux.

Aigle Criard ©Outback Images
Aigle Criard ©Outback Images

L'aigle criard (aquila claga)
De Claga en latin "crier" pour les oiseaux et de façon plus large sonner de la trompette.
En anglais et en espagnol c'est son plumage tacheté qui détermine son nom spotted eagle et aquila moteada car pendant la phase juvénile, les ailes sont mouchetées de taches blanches.
Adulte, il ressemble comme un grand frère à l'aigle pomarin.
Longueur : 65 cm.
Envergure : 180 cm.
Poids : entre 1 500 et 3 000 gr.
Il est criard, certes, mais ses cris ne sont pas toujours discordants. Il émet des petits sons semblables à ceux d'un grelot que certains ornithologues ont tendance à considérer comme mélodieux.
Son alimentation, du classique pour un rapace de cette taille, s'enrichit de poissons et parfois de charognes.
Il n'a été signalé que 150 fois en France au cours des cent dernières années (Camargue, Vendée, et large région Centre-est).

Les aigles fréquentant exceptionnellement le territoire français

L'aigle impérial (aquila heliaca)
Heliakos, solaire en grec, le symbole de la puissance impériale.
Impérial, peut-être... mais en tous cas plus petit que l'aigle royal.
Longueur : 80 cm.
Envergure : 200 cm.
Poids : entre 2 500 et 3 500 gr.
Il a presque la même livrée que son royal cousin mais son plumage est orné de taches blanches sur le haut du dos.
Il n'a été observé que trois fois en Espagne au cours du XXème siècle.

L'aigle ibérique (aquila adalberti)
C'est un rapace de taille moyenne dont le plumage tire sur le roux.
Il est bien originaire d'Espagne, mais il franchit extrêmement rarement la frontière nord. Il n'a été vu qu'une dizaine de fois au cours des deux siècles passés, pour la dernière fois en 1930.

Aigle des steppes © Outback Images
Aigle des steppes © Outback Images

L'aigle des steppes (aquila nipalensis)
Nipalensis souligne sa fréquentation des régions himalayennes et particulièrement du Népal.
Il est de taille moyenne et a un plumage brun-roux foncé. Il n'a été vu qu'une dizaine de fois en Europe occidentale.


Article réalisé par Jean-Pierre Fleury.