Il arrive parfois qu’un deuil puisse être douloureux au point de faire apparaitre des symptômes ou des troubles psychopathologiques, là où avant, il n’y en avait pas. On parle alors de deuil pathologique. Quelles sont les différentes formes de deuil pathologiques et quelles sont leurs issues ?
Deuil absent et/ou retardé
Parfois, le choc de la perte est tellement grand que le deuil apparait comme un traumatisme insupportable. Afin de se protéger, la personne met temporairement de côté toutes ses émotions. Cela donne l’impression qu’elle ne ressent plus rien et ne veut pas voir les faits tels qu’ils sont. Il y a ici un refus partiel ou complet de la réalité de la mort.
Deuil avec état dépressif majeur
Ici la personne souffre d’une dépression dépassant la phase de tristesse normale du deuil. En plus des différents affects dépressifs "normaux", il est fréquent de constater :
- une dévalorisation de soi très forte liée à une grande culpabilité et l’attribution à soi de la cause de la mort ;
- du désespoir avec des pleurs fréquents et incontrôlables ;
- des troubles physiques touchant le sommeil et l’alimentation ;
- une occupation constante des pensées par le défunt ;
- une persistance des affects dépressifs au-delà du 6ème mois et/ou leur réactivation à la date anniversaire de la mort.
Deuil histrionique
Dans ce deuil, la perte est synonyme d’abandon. Afin de perpétrer le lien qui existait, la personne vivante va adopter les mêmes symptômes que celle décédée si elle était malade ou développer des symptômes physiques liés au stress (ulcères, cancers, autres…). On note aussi :
- une dépression longue ;
- des périodes d’anorexie ;
- des plaintes somatiques parfois théâtralisées ;
- une culpabilité liée à la colère ressentie pour la personne qui, en mourant, l’a abandonnée ;
- l’envie de rejoindre le mort est telle qu’il peut y avoir des tentatives de suicide.
Deuil obsessionnel
Dans cette forme de deuil, la culpabilité est telle que la personne se livre à différents comportements, automatiques, afin de fuir la réalité et les remords qui y sont rattachés, comme :
- des pensées incontrôlables de culpabilité qui empêchent de produire d’autres pensées ou réflexions. La personne est comme paralysée par des phrases et des accusations qui lui apparaissent mentalement ;
- la mise en place de rituels et de comportements répétitifs afin de soulager la culpabilité ressentie ;
Des phénomènes qui ne sont pas transitoires et peuvent déboucher sur des dépressions.
Deuil maniaque
La personne endeuillée n’apparait pas touchée ou nie les conséquences de la mort de la personne aimée. Elle présente aussi :
- une humeur expansive, c'est-à-dire enjouée et incongrue avec la situation ;
- des insomnies sans pour autant qu’il y ait des plaintes de manques de sommeil ;
- des conduites d’achats compulsifs ou inhabituels ;
- de l’agressivité.
Deuil traumatogène
Le deuil est vécu, ici, comme un traumatisme c'est-à-dire comme un événement bloqué dans la mémoire, et qui est revécu de façon répétée par la personne endeuillée, avec l’apparition de nombreux cauchemars. Ce type de complication arrive souvent quand un deuil est inattendu, choquant et laisse la personne dans une phase de sidération intense à l’annonce de la mort.
Les différents symptômes développés par la suite s’apparentent aux syndromes de stress post-traumatique.
Si jamais vous pensez qu’une personne de votre entourage est affectée par un deuil difficile à vivre et qui peut être pathologique, conseillez-lui de voir un psychologue ou un psychiatre qui pourra alors l’aider. La prise en charge des deuils pathologiques passe entre autres par une aide extérieure. Sinon, le risque de répétition des symptômes et leur chronicité peuvent s’installer.
Bibliographie
- Bourgeois, M. (2003). Deuil normal et deuil pathologique : clinique et psychopathologie. Reuil-Malmaison: DOIN ;
- Bourgeois, M. (2006). Études sur le deuil. Méthodes qualitatives et méthodes quantitatives. Annales médico psychologiques , 278-291 ;
- Freud, S. (2011). Deuil et mélancolie. Paris: Poche ;
- Molinié, M. (2008). Logique du deuil et construction du sens. Pratiques psychologiques , 461-469.






