Obésité : et si la composition de la salive était à l'origine du phénomène ?

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D'après les conclusions d'une équipe internationale de chercheurs, une salive pauvre en amylase, une enzyme utile pour digérer les sucres complexes que l'on trouve notamment dans les pâtes et le riz, pourrait favoriser l'obésité.

Chacun d'entre nous dispose de plus ou moins de copies du gène de l'amylase salivaire, avec des fluctuations comprises entre une et vingt copies. Or, les personnes possédant le plus petit nombre de copies de ce fameux gène, autrement dit celles qui ont peu de cet enzyme dans leur sang, seraient dix fois plus susceptibles de devenir obèses que les autres. C'est en tout cas ce qu'a relevé une équipe internationale de chercheurs menée par le Professeur Philippe Froguel, issue du CNRS, de l'Institut Pasteur de Lille et de l'Imperial College London.

Le résultat de leur étude, basée sur une analyse génétique, est simple : une salive trop pauvre en amylase, une enzyme servant dans la digestion des sucres complexes contenus dans les pâtes et le riz, augmenterait considérablement la probabilité de devenir obèse.

Un milliard de personnes en surpoids

Ainsi, chaque copie de ce gène en moins augmenterait de 20 % le risque d'obésité, selon les travaux parus dimanche 30 mars dans la revue Nature Genetics. C'est la première fois qu'une étude parvient à démontrer un lien génétique entre la digestion des glucides complexes et l'obésité. Pour rappel, le pain, les céréales, les pâtes, le riz, les pommes de terre ou encore les légumes secs renferment de l'amidon, aussi appelé sucre lent.

Il y a 10 000 ans, soit au début de l'agriculture, le nombre des copies du gène "AMY1" de l'enzyme salivaire, basé au niveau du chromosome 1, a augmenté dans l'espèce humaine. Jusqu'à fournir aux hauts sécréteurs d'amylase salivaire un avantage nutritionnel sélectif. Aujourd'hui, pas moins d'un milliard de personnes sont en surpoids. Un phénomène favorisé par la sédentarité ou encore l'alimentation déséquilibrée, mais pas seulement : des facteurs génétiques pré-disposants entrent aussi en ligne de compte.

D'ailleurs, pas moins de 5 % des personnes en fort surpoids sont concernées par une mutation de l'un des gènes jouant un rôle dans l'appétit. Ce qui est suffisant pour les rendre obèses.

Pas moins de 70 gènes liés à l'obésité

En outre, des études récentes sont parvenues à identifier 70 gènes liés à l'obésité, même si leur impact reste faible et ne permet d'expliquer qu'une partie réduite du risque génétique (4 %). En revanche, la région du génome contenant le gène AMY1 permettrait d'expliquer 10 % du risque génétique.

Comment expliquer le rôle de la déficience en amylase salivaire ? Pour les chercheurs, il est probable que la mastication des aliments et leur digestion partielle dans la bouche pourrait avoir un impact hormonal à l'origine d'une satiété réduite chez les personnes possédant peu de copies. Mais pour d'autres, la mauvaise digestion des amidons serait responsable d'une modification de la flore intestinale. Ce qui entraînerait indirectement l'obésité et le diabète.

D'ailleurs, les personnes disposant de peu d'amylase salivaire ont une glycémie élevée lorsqu'elles ingèrent de l'amidon. Des conclusions qui pourraient prochainement ouvrir des nouvelles perspectives de prévention et de traitement de l'obésité, en analysant notamment la digestion des aliments et leur devenir intestinal.

Sources : imperial.ac.uk, theguardian, nature