Le sucre, cet ami qui ne vous veut pas du bien

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Aujourd'hui plus qu'hier, tout le monde raffole ou presque du sucre. Difficile d'ailleurs, à l'heure actuelle, de faire l'impasse sur cette substance tant les industriels en ajoutent dans l'écrasante majorité des produits proposés en grandes surfaces. Résultat, désormais, nous consommons 25 kg de sucre par an, ce qui favoriserait selon les scientifiques de nombreuses maladies telles que l'hypertension, le diabète, l'obésité ou le cancer.


Le sucre, une douceur pour l'humanité depuis 3 000 ans

Comme le rappelle le National Geographic dans un article tiré de son édition de décembre 2013, le sucre est une douceur dont l'humanité raffole depuis 3000 ans. Pour autant, il faut savoir qu'au-delà de cette addiction, le sucre a permis jadis – rare bienfait observé –  d'assurer la survie des grands singes au cours d'une période de glaciation via la métabolisation du fructose, stocké ensuite sous forme de graisse.

Reste que nous consommons aujourd'hui, au dire des médecins et scientifiques, beaucoup trop de sucre. Et face à pareille dépendance, un certain nombre de projets s'engagent en France pour habituer les plus jeunes à ne pas en abuser, le goût du sucre se développant dès le plus jeune âge. Ainsi, les crèches sont dans cette optique invitées à utiliser la substance de toutes les convoitises avec modération, bannissant par exemple les gâteaux industriels au profit d'ateliers de pâtisserie. Toutefois, même si les familles sont plutôt réceptives à ce type de sensibilisation, les mauvaises habitudes prennent au fur et à mesure le pas sur la bonne volonté des parents.

À Asnières-sur-Seine, toutefois, un programme pilote de lutte contre l'obésité (EPODE) a été lancé depuis 2004, où les résultats sont au rendez-vous. Ont ainsi été organisées dans ce cadre des animations en maternelle pour un petit déjeuner équilibré, des ateliers en primaire où les élèves doivent mettre au point des menus avec une diététicienne ou encore des éveils aux saveurs. Le bilan de ce projet est encourageant puisque la ville, qui comptait 25 % d'enfants obèses en 2004, a vu ce chiffre reculer de 1 % en 2009. Fort de ce résultat, la commune a même accueilli en 2011 la secrétaire d'état américaine à la Santé, Kathleen Sebelius, venu s'inspirer de cette méthode. Quoi qu'il en soit, le chemin à parcourir pour changer durablement les pratiques est encore long…

Un français consomme 25 kg de sucre par an, un américain 35

D'après le National Geographic, un anglais absorbait 1,8 kg de sucre par an en 1700, 8,2 en 1800, 21 en 1870 et 45 en 1900. En l'espace de trente ans, la production mondiale de sucre de canne et de betterave explosait alors, passant de 2,8 millions de tonnes à 13 millions. Aujourd'hui, l'américain moyen en consomme 35 kilos par an, soit plus de 22 cuillères à café de sucre par jour. Le français en ingère quant à lui en moyenne 25 kilos.

Il suffit de jeter un œil sur les publications de l'OCDE pour observer que l'obésité a augmenté partout dans le monde entre 2000 et 2011.

Le sucre nous fatigue (et nous empêche de faire du sport)

Alors d'accord, le sucre est le principal aliment de notre cerveau – il suffit pour s'en convaincre de tenir compte des évanouissements induits par l'hypoglycémie –, mais il n'empêche que l'excès de sucre nous fatigue nettement plus qu'il ne nous apporte d'énergie. Richard Johnson, néphrologue à l'université du Colorado, au même titre que nombre de confrères, estime, dans un entretien publié par le site MeAndMyDiabetes, que si les américains sont gros et ne font pas suffisamment d'exercice, c'est avant tout parce qu'ils sont dépendants au sucre, qui d'une part les fait grossir, et absorbe par ailleurs toute leur énergie. Résultat, selon le scientifique, après le coup de fouet offert par le sucre, ces derniers finissent dans un canapé devant la télé. De fait, ce n'est non pas la télé qui immobiliserait les gens, pour lui, mais le sucre qu'ils ont avalé quelques heures plus tôt.

Mais au fait, comment s'explique cette fatigue ? Le processus est simple : afin de métaboliser le sucre, le pancréas produit nécessairement de l'insuline, d'où un risque important de fatigue. Ainsi, un simple petit-déjeuner donne souvent lieu à une hyper-insulinémie dès le début de la journée. Et l'inertie entraînée par une telle amplitude épuise très fortement le métabolisme.

Bannir le sucre ? Non, mais veiller à ce que son apport soit raisonnable

Il ne faut surtout pas pour autant exclure totalement le sucre de son alimentation. Les nutritionnistes s'accordent en effet  dire que son apport doit être à la mesure de l'activité effectuée au cours de la journée. Or, en respectant cette règle, il n'y a aucune raison pour que l'on développe une quelconque pathologie. Mais attention toutefois à ne pas choisir n'importe quel sucre : il est préférable d'opter pour un fruit entier qu'un jus de fruit, pour un chocolat brut que pour un gâteau. De même, il faut veiller à consommer le chocolat en fin de repas plutôt qu'entre ces derniers. Aussi, s'agissant des laitages, mieux vaut tenir compte du fait qu'ils contiennent naturellement du sucre pour éviter d'en rajouter. À noter enfin que les édulcorants, que l'on trouve dans nombre de laitages et boissons dits "light" trompent le cerveau, qui en redemande dès la première sensation de sucré. À condition de ne pas en abuser, le mieux reste les sucres naturels tels que le miel, comme le conseille dans un article le magazine Sciences & avenir.

Le sucre rend accro, mais comment s'en désintoxiquer ?

D'après Richard Johnson, le sucre entraîne des effets de stimulation des centres du plaisir cérébraux identiques à ceux procurés par une drogue dure. Ce qui fait tout de même réfléchir quant au caractère anodin d'un paquet de bonbons. Pour se prémunir contre une telle dépendance ou s'en dépêtrer petit à petit, le programme national nutrition santé (PNNS) invite chacun à apprendre à lire les étiquettes des produits industriels comme les desserts lactés, les boissons sucrées, les sauces ou les plats préparés – pour la plupart très sucrés.

À en croire le Centre d'études et de documentation du sucre (Cedus), la consommation de sucre en France est stable depuis 40 ans, contrairement aux idées reçues. Néanmoins, la grosse différence est qu'aujourd'hui, nous consommons beaucoup plus de sucre agroalimentaire que de sucre de bouche (en poudre ou en morceaux). Or, ce phénomène ne nous permet plus d'évaluer la quantité réellement ingérée

Finalement, la seule solution valable, et celle prodiguée par les nutritionnistes, est de prendre ses distances avec le goût sucré. Pour ce faire, pourquoi ne pas commencer par arrêter les plats tout prêts, limiter les sodas et dans une moindre mesure les jus de fruits, faire son pain et ses gâteaux soi-même ? Cela vous permettra dans la foulée de retrouver l'énergie nécessaire pour faire du sport et même de perdre du poids !

Sources : National Geographic, OCDE, MeAndMyDiabetes, 20minutes, Sciences & Avenir