Comment travailler sans risque en période de forte chaleur ?

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Afin de prévenir les dangers relatifs aux fortes chaleurs sur le lieu de travail, il existe des obligations et recommandations spécifiques. Alors que l'Hexagone traverse une période de canicule, il est crucial d'en prendre connaissance et ainsi éviter de se mettre en danger. Petit tour d'horizon.

Après plusieurs nuits sans parvenir à dépasser l'atmosphère moite et étouffante et à trouver le sommeil, il est souvent difficile pour les salariés de regagner leur poste de travail. Et à l'exception de quelques chanceux bénéficiant de la fraîcheur d'un bureau climatisé, nombreux sont les autres à être contraint de travailler par des températures de plus de 30°C. Or, de telles températures peuvent s'avérer très dangereuses pour la santé, voire mortelles.

Quid des professions à risques ?

Hormis des conséquences néfastes telles que la fatigue, les maux de tête, un sentiment de faiblesse, d'irritation ou encore d'étourdissement, les fortes chaleurs sont aussi connues pour augmenter fortement les risques d'accident du travail. Par exemple, durant  les trois semaines de canicule de l'été 2006, quelque 230 malaises et 154 décès se sont produits sur le lieu de travail, d'après l'Institut National de Veille Sanitaire (INVS).

Parmi les professions les plus exposées à ces risques, on trouve notamment les professionnels des bâtiments et des travaux publics, les déménageurs ou encore les travailleurs manuels en extérieur. Mais contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, ces derniers ne sont pas les seuls. Ainsi, travailler dans un espace climatisé rempli d'ordinateur peut également devenir un cauchemar. C'est notamment le cas pour les personnes fragiles comme les femmes enceintes, les diabétiques ou ceux souffrant d'insuffisances cardiaques ou rénales.

Comme le souligne un médecin à l'Institut National de Recherche et Sécurité (INRS), par ailleurs spécialiste de la santé et de la sécurité, on peut parler de situation à risque dès 25 °C pour les personnes effectuant un travail physique et tenues de porter une combinaison étanche. Au-delà de 30 °C, la situation devient en revanche difficile pour la plupart des salariés, et cela d'autant plus lorsque leur organisme n'est pas encore adapté aux températures chaudes.

Quelles sont les obligations et recommandations en la matière ?

 D'après le code du travail, comme le rappelle le ministère de la Santé dans son Plan national Canicule 2013, "les employeurs ont la responsabilité de prendre les mesures nécessaires visant à assurer la sécurité, protéger la santé des travailleurs de leurs établissements, en tenant compte notamment des conditions climatiques".

Dans cette optique, le code du travail prévoit aussi l'obligation pour l'employeur de fournir aux travailleurs de l'eau potable fraîche, à hauteur d'au moins 3 litres par personne et par jour dans le secteur du BTP (bâtiment et travaux publics). À noter que dans les anciens bâtiments, l'air doit "être renouvelé de façon à éviter les élévations exagérées de température, les odeurs désagréables et les condensations". En outre, comme le prévoit le Code du travail depuis le 1er janvier 1993, les constructions récentes "doivent permettre d'adapter la température à l'organisme humain pendant le travail". Enfin, les postes de travail extérieur doivent également faire l'objet d'un aménagement spécifique, "de telle façon que les travailleurs soient protégés, dans la mesure du possible, contre les conditions atmosphériques".

D'autre part, précise l'INRS, des mesures préventives – il ne s'agit pas d'obligations légales – peuvent être mises en place. C'est le cas de l'aménagement des horaires (préférer les heures de travail pendant les heures les moins chaudes, augmentation des pauses) et de l'organisation du travail (on privilégie des tâches moins physiques). En pratique, ces adaptations aux conditions climatiques portent leurs fruits puisque les accidents graves restent très rares dans le monde du travail, souligne l'INRS. Néanmoins, quand de tels accidents ont lieu, c'est précisément par méconnaissance du risque lié au facteur chaleur, l'absence de réorganisation du travail et de solidarité.

Pour cette raison, estime l'INRS, il est nécessaire de faire preuve d'attention les uns envers les autres et de ne pas travailler seul de façon à pouvoir s'organiser des pauses. À noter que le coup de chaleur est toujours diffus. De telle sorte que le salarié est rarement conscient que la température ou la déshydratation lui font ou risquent de lui faire commettre des erreurs.

Possibilité d'exercer un droit de retrait

Quoiqu'il en soit, si la température est vraiment haute et qu'un salarié considère être en danger en effectuant son travail, il lui est possible d'exercer son droit de retrait, autrement dit cesser de travailler pour se mettre en sécurité. Attention toutefois, la situation doit nécessairement être dangereuse, grave et imminente pour que le retrait soit légal. Et si l'employeur conteste cette situation, il faudra être en mesure de prouver devant les tribunaux la légitimité du droit de retrait afin d'éviter un éventuel licenciement pour faute grave.

Sources : INVS, INRS, sante.gouv, Pratique